RATIONALIST INTERNATIONAL

Bulletin # 101 (15 Septembre 2002)

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DANS CE NUMERO

DES PROCES POUR BLASPHEME AU PAKISTAN

La Cour Suprême acquitte Ayub Masih

Une nouvelle sentence de mort

Dr. Shaikh: En attente de la décision de la Haute Cour

INDIA: LE SATI EST DE RETOUR! — Par Sanal Edamaruku

Bangladesh: Des fondamentalistes musulmans obtiennent l'arrestation d'un dramaturge hindou

Israël: la loi sur l'armée déclenche une avalanche de protestations

 

PROCES POUR BLASPHEME AU PAKISTAN

La Cour Suprême acquitte Ayub Masih

Ayub Masih, qui avait été condamné à mort pour blasphème en avril 1998, a été acquitté par la Cour Suprême du Pakistan le 16 août 2002. Le jugement a rejeté la décision de la Haute Cour de Multan qui avait confirmé la condamnation à mort de la chambre basse en Juillet 2001.

Ayub, un chrétien de 35 ans vivant dans le village de Chak Arifwala au Punjab, avait été arrété et accusé de blasphème en vertu du texte Section 295 C du Code Pénal pakistanais en octobre 1996, quand son voisin Mohammed Akram, afin de récupérer ses terres, prétendit qu'Ayub avait offensé le Prophète Mahomet. Ayub nia avoir tenu des propos blasphémateurs et affirma qu'il était accusé à tort. Amnesty International l'avait déclaré prisonnier de conscience.

En Avril 1998, il avait été condamné à mort. Il n'avait pas pu trouver d'avocat jusque là qui soit prêt à le défendre. Le procès avait attiré l'attention de la communauté internationale quand l'évêque de Faisalabad John Joseph, qui avait organisé une manifestation en sa faveur, s'était suicidé en réaction à la condamnation à mort. Ceci avait provoqué des pressions à l'échelle internationale sur le gouvernement de la Premier Ministre Benazir Bhutto. La condamnation à mort fut temporairement suspendue, mais confirmée par la décision de la Haute Cour de Multan en Juillet 2001. Ayub formula alors son dernier appel devant la Cour Suprême.

Ayub avait informé ses amis chrétiens à l'étranger qu'il avait été torturé plusieurs fois pendant sa détention et que ses co-prisonniers fondamentalistes avaient tenté par deux fois de l'assassiner en Novembre 1997 et Janvier 1999, mais il survécu. Un groupe de fundamentalistes l'avait menacé de le tuer ainsi que son avocat, s'il était acquitté.

Les trois juges de la Cour Suprême n'ont pas suivi la décision de la Haute Cour, sans donner de raisons. Les détails seront donnés ultérieurement, a annoncé la déclaration de la cour.

 

Une nouvelle condamnation à mort

Pendant ce temps, une cour de Lahore a prononcé une nouvelle condamnation à mort dans une affaire de blasphème. La victime est Wajih-ul Hassan, 27 ans, qui a été arrété et accusé sur plainte d'un juriste nommé Ismail Quereshi. Celui-ci a déclaré qu'il avait reçu des lettres d'Hassan critiquant le Prophète Mahomet pour des actes contradictoires avec ses enseignements. Wajih-ul Hassan a travaillé avec le mari de la célèbre avocate des Droits Humains Asma Jahangir. En plus de la peine de mort, une amende de 270000 Roupies a été infligée.

 

Dr. Shaikh: en attente de la décision de la Haute Cour

Dans le procès du Dr. Younus Shaikh, le jugement de la Haute Cour d'Islamabad, qui va trancher sur l'appel contre la sentence de mort, est attendu chaque jour. Cette décision, qui pourrait apporter la liberté au Dr. Shaikh, est déjà en attente depuis un mois.

Les négociations se poursuivent pendant ce temps, demandant une protection spéciale pour le Dr. Shaikh et pour une sortie facilitée hors du Pakistan, dans le cas où la Haute Cour d'Islamabad décide de son acquittement et de sa libération. Ceci est une nécessité car les fondamentalistes n'acceptent pas les acquittements dans les affaires de blasphèmes et tentent souvent de les "corriger" avec des fusils et des couteaux [voir le Bulletin # 99]. La vie du Dr. Shaikh serait en grand danger dès sa sortie de prison!

Actuellement, chaque voix compte pour Dr. Shaikh. Merci d'écrire, une fois de plus, une lettre au Président du Pakistan, le Général Musharraf, en lui demandant d'user de ses bons offices pour secourir le Dr. Shaikh! Nous demandons l'acquittement du Dr. Shaikh et sa libération de prison, mais ceci n'est pas suffisant. Merci d'insister sur l'importance d'une protection spéciale. Même si le Président insiste sur l'indépendance du système judiciaire dans son pays, comme il l'a fait précédemment, il faut lui rappeler poliment que nous le tenons responsable de la sécurité du Dr. Shaik et de sa protection contre les fondamentalistes.

Voici l'adresse e-mail du Président du Pakistan: CE@pak.gov.pk

Merci d'envoyer une copie de votre lettre à Rationalist International à l'adresse suivante: Dr.ShaikhDefense@rationalistinternational.net

Merci d'écrire la lettre dès maintenant, demain il sera peut-être trop tard!

 

INDE: LE SATI EST DE RETOUR!

Par Sanal Edamaruku

Le 6 Août, Kuttu Bai est morte dans les flammes du bûcher funéraire de son mari. C'est arrivé dans le village de Tamoli Patna près de Bhopal dans le Madhya Pradesh. Il y a eu plus d'un millier de témoins oculaires, mais il semble extrêmement difficile d'établir les détails de la mort de Kuttu Bai. Ce dernier cas de sati est entouré d'une conspiration du silence. L'administration locale l'appelle "suicide"; le gouvernement de l'Etat n'exclut pas qu'il s'agisse d'un meurtre, probablement pour une question de propriété (Kuttu Bai avait cinq acres de terre à son nom), mais précise qu'il ne s'agissait pas de sati. Rien n'a donc été enregistré auprès de la Commission du Sati (Prévention) datant de 1987.

Il y a plusieurs versions de l'évènement, qui a suivi la mort de Mallu Prasad Nai âgé de 70 ans, un coiffeur, dans la nuit du 6 août. Tôt le matin, un appel anonyme avait alarmé la police de Sahela qu'un sati allait avoir lieu. On ne sait pas si les deux policiers en service se sont précipités immédiatement en moto au lieu indiqué, ou s'il leur a fallu deux heures pour faire huit kilomètres. Quand ils sont arrivés, ils ont trouvé une foule de plus d'un millier de personnes assemblée autour du bûcher et une femme âgée bouleversée debout près des flammes. Les policiers ont déclaré que la foule l'avait engagée à sauter dans le feu. Quand ils ont tenté de s'interposer, les villageois sont devenus violents et ont commencé à lancer des pierres vers eux, pendant que Kuttu Bai était rapidement mise dans le feu. Le policiers, l'un d'eux étant blessé, ont essayé de lui venir en aide mais ils ont été attaqué brutalement et ont dû fuir pour sauver leur vie d'après leur rapport. Quand le collecteur du district est arrivé deux heures après, Kuttu Bai était morte depuis longtemps.

La police a arrété 15 personnes pour accusation de meurtre, avec parmi eux deux de ses enfants Ashok Kumar (35) et Raj Kumar (26), et onze autres pour avoir agressé la police. Pendant ce temps, de plus en plus de personnes des villages voisins se sont rassemblés, autour de 8000 finalement. L'histoire de la mort de Kuttu Bai a changé rapidement. Ils ont essayé de l'empêcher en vain de se brûler elle-même ont protesté ses voisins, ses enfants et belle-filles, elle a été comme "possédée", déterminée à mourir, rien ne pouvait l'arrêter. Ils n'ont pas osé l'arrêter, ont déclaré d'autres personnes, car elle était déjà devenue la déesse Sati Devi. Elle fut ensuite glorifiée pour son saint sacrifice et les gens des villages voisins se sont attroupés pour rendre grâce au sati dans les temples.

Les déclarations des autorités embarrassées disant qu'il ne s'agissait que d'un meurtre ou d'un suicide, comme aucune cérémonie religieuse n'a eu lieu pendant la crémation, ont été infirmées par ces témoignages. De plus, l'histoire de l'endroit ne laisse pas beaucoup de lattitude pour les interprétations. Ce n'est pas le premier sati dans cette région pauvre du Bundelkhand. Sur les 150 dernières années, cinq cas certains de sati ont eu lieu dans le village de Tamoli Patna, le premier en 1865, le dernier il y a 52 ans.

Sati, la crémation publique d'une veuve sur le bûcher funéraire de son mari, est interdit en Inde depuis 170 years. Ceci est principalement dû au réformateur social Raja Ram Mohan Roy, qui avait initié une campagne virulente contre le sati au Bengale au 19ème siècle. Il avait impressionné l'universitaire et poète Henry Vivian Derozio, qui fut l'un des fondateurs du mouvement rationaliste en Inde. Derozio a écrit un poème unique et émouvant sur le sati, qui avait été lu par la femme du Gouverneur britannique de l'époque Lord William Bentick. Madame Bentick fut capable de convaincre son mari que la politique de non-intervention, que les britanniques avaient choisi concernant les conflits sociaux en Inde, était inhumaine. Lord Bentick invita Raja Ram Mohan Roy et fit un décret en 1829 qui disait qu'au nom de la Couronne britannique le sati devait être interdit. Approché par des riches indiens conservateurs qui lui dirent que c'est une vieille tradition en Inde de brûler les veuves, il répondit simplement: c'est une une vieille tradition anglaise de pendre les meurtriers de veuves!

Initialement, la tradition du sati existait uniquement chez les Rajputs durant la période Mughal. Le janhar de masse, une forme de suicide de groupe, a été fait par les femmes des guerriers vaincus en sautant de la muraille d'un chateau dans un feu allumé plus bas, probablement pour sauver leur honneur et éviter l'humiliation dans les mains des envahisseurs victorieux.

Cependant, au cours du temps, la coutume devint largement répandu dans d'autres groupes de personnes, principalement à cause du traitement extrêment cruel que la société hindoue réserve aux veuves. Même aujourd'hui, les veuves sont souvent victimes de crimes sociaux, violées et punies par le rejet social. Le Sati est souvent demandé par la belle famille, qui tire profit de l'élimination de l'héritière supplémentaire des biens du mari. Il y a des lois comme celle sur le remariage des veuves destinées à garantir les acquis des jeunes veuves, mais l'hostilité sociale contre les veuves demeure encore actuellement bien réelle.

Dans les dernières années, la tradition inhumaine du sati semble revivre silencieusement. En 1987, le sati de Roop Kanwar âgée de 27 ans devint une affaire nationale. Elle est morte à Deorala, une petite ville du Rajastan entre Delhi et Jaipur, devant des milliers de témoins – mais il n'a jamais été établi si elle avait sauté héroiquement dans le feu ou si elle y avait été jetée par ses gendres. 39 personnes ont été arrétées et accusées de meurtre, après une très importante pression des medias – mais tous ont été rapidement acquittés. Le gouvernement a saboté le procès de façon évidente pour des raisons politiques évidentes. Le 13ème jour après la mort, malgré la venue de la Haute Cour sur le site, 300000 personnes ont assisté à une cérémonie religieuse en son honneur. Depuis, malgré les interdictions, le flux de visiteurs sur le site ne s'est jamais interrompu.

L'Association Rationaliste Indienne, dans une lettre au Premier Ministre de Madhya Pradesh, Digvijay Singh, a demandé une enquête sur l'affaire. Tous les officiels responsables de l'échec à interdire le sati doivent être suspendu, demande la lettre, et à part le Code Pénal Indien, le décret de la Commission du Sati (Prevention) de 1987 doit être complété. Même les témoins peuvent être arrêtés selon cette loi.

*

Pendant ce temps, la Commission Nationale des Femmes a envoyé une équipe pour enquêter au village de Tamoli Patna. Le Premier Ministre a ordonné une action disciplinaire contre les employés du gouvernement présents au village et a infligé une amende collective aux résidents. Le panchayat local ne recevra pas d'aide financière pour les deux prochaines années, a-t-il annoncé.

 

Bangladesh: Des musulmans fondamentalistes obtiennent l'arrestation d'un dramaturge hindou

Sambit Saha, un dramaturge hindou de Dinajpur, a été arrêté par la police le 16 Août. Il est accusé d'avoir offensé les sentiments religieux des musulmans avec sa pièce satirique Katha Krishnakali, jouée à un festival de théâtre récent. L'arrestation a suivi la plainte sur des offenses contre le Prophète Mahomet. Mais Saha insiste que dans son texte il n'y a aucune mention du prophète. La pièce a été jouée dans plusieurs villes pendant le dernier mois sans causer de problèmes. Mais quelques jours avant l'arrestation, une représentation à Faridpur avait été interdite, après une plainte des fondamentalistes musulmans locaux. Ils ont appelés à la punition du dramaturge Sambit Saha et de son groupe de 30 acteurs.

Si Saha est déclaré coupable, il peut être condamné à deux ans de prison. Comme il appartient à la communauté hindoue, qui souffre de harcèlement multiples depuis les dernières élections d'octobre 2001 qui ont amené au pouvoir le gouvernement de la Premièr Ministre Khaleda Zia proche des fondamentalistes, il a d'autant plus de raison de craindre pour sa vie.

 

Israël: la loi sur l'armée déclenche une avalanche de protestations

Finallement, le Parlement a voté la loi controversée sur l'armée, qui pourrait accroître le fossé entre les citoyens laïcs et les religieux en Israël. Après six heures de débat, les législateurs ont décidé par 51 voix contre 41 (avec 5 abstentions) d'exempter du service militaire obligatoire les étudiants des rigoureuses écoles orthodoxes (Yeshiva). La décision a déclenché une avalanche de prostestations dans tout le pays. Beaucoup d'israéliens ont trouvé inacceptable que 30000 futurs rabbins et spécialistes du Talmud soient libérés des obligations militaires, alors que les autres jeunes israéliens de plus de 18 ans doivent servir dans l'armée pendant 3 ans et être disponibles pendant au moins un mois chaque année pendant 33 ans. L'injustice de ce traitement inéquitable basé sur la religion est durement ressenti à une époque où tant de soldats ont été tués dans le conflit israélo-palestinien et que l'armée a dû faire appel aux réservistes. L'argument de la fraction orthodoxe au Parlement est qu'en préservant un héritage sacré, les étudiants des Yeshiva servaient à un front différent pour la survie du peuple juif, mais cet argument n'a pas convaincu beaucoup de monde hors du milieu orthodoxe.

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