RATIONALIST INTERNATIONAL

Bulletin # 102 (19 Septembre 2002)

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DANS CE NUMERO

Nigeria: Flagellation, amputations et autres sentences de lapidation

Inde : La vérité sur le Balafreur — Par Sanal Edamaruku

Bangladesh : Censure du dernier roman de Taslima Nasreen

Iran : Nouvelle loi sur le divorce - un pas de plus vers l’égalité juridique des sexes

Vatican : Des femmes prêtres défient la hiérarchie masculine

 

Nigeria: Flagellation, amputations et autres sentences de lapidation

Amina Lawal Kurami pourrait devenir la première personne à être exécutée par lapidation depuis que les Etats du nord du Nigeria ont mis en place la Sharia (loi islamique).

La décision longuement attendue de la Cour supérieure islamique de Funtuas, dans l’Etat du Katsina, a ébranlé le mouvement croissant des droits de la personne du Nigeria et d’autres personnes partout dans le monde. La Cour a confirmé le jugement barbare imposé à la mère célibataire par un tribunal de la Sharia à Bakori en mars 2002, sous des accusations d’adultère.

Il s’agit du deuxième jugement du genre. La première femme à avoir subit une telle sentence était Safiyatu Husseini Tunga-Tuda, qui fut condamnée en octobre 2001. Sous les pressions provenant de partout dans le monde, la Cour d’appel islamique de Sokoto a acquitté Safiyatu en mars 2002 (il en fut d’ailleurs question dans les éditions no 88 et no 93 du Bulletin). On s’attendait à ce que la Cour d’appel acquitterait également Amina Lawal.

Les deux affaires se ressemblent. Safiyatu (35 ans) et Amina (30 ans) étaient divorcées de leurs maris et étaient devenues enceintes hors des liens du mariage. Les deux femmes ne comprenaient pas les conséquences du changement fondamental dans le système juridique, et n’avaient pas d’avocat, quand elles ont admises aux autorités avoir eu des relations intimes à l’extérieur des liens du mariage. Dans les deux cas, leurs confessions étaient suffisantes aux yeux des tribunaux de la Sharia pour qu’elles se voient imposer la punition la plus sévère, pendant que les pères des bébés ont échappé à toute peine en raison d’un manque de preuves. Selon les lois de la preuve de la Sharia, un homme ne peut être accusé d’adultère que s’il y a quatre témoins masculins de l’action punie, alors qu’une femme non mariée peut être accusée simplement en devenant enceinte.

Dans l’affaire Safiyutu Husseini, l’acquittement à la Cour d’appel était fondé sur trois motifs. D’abord, l’enfant avait été conçu avant que la Sharia ne soit entrée en vigueur dans l’Etat du Sokoto, rendant donc inapplicable la loi islamique. Puis, l’accusée n’était pas au courant des conséquences graves de sa confession. Troisièmement, elle n’avait pas d’avocat. La Cour d’appel a donc donné à Safiyatu la possibilité de modifier sa déclaration et a donc présenté une explication étonnante - quoiqu’officiellement plausible selon la loi islamique - à l’effet que le bébé était l’enfant de son ex-mari, qui avait dormi en elle pendant les deux ans qui ont suivi le divorce.

L’équipe d’avocats d’Amina Lawal de la capitale Abuja, qui entre-temps avait été montée par la Women’s Rights Advance and Protection Alternative, a présenté les mêmes arguments, sans succès. Amina avait déclaré aux autorités en janvier que son nouveau-né, sa fille Wasilia, était le résultat d’une relation de 11 mois avec son ami de cœur Yahaya Mahmud, qui voulait la marier. Sa confession demeurait la base de sa mise en accusation. Le tribunal n’a pas été impressionné par les protestations. « Selon les preuves obtenues dans le cadre de nos enquêtes et selon les écrits islamiques, je, Aliya Abdullahi, et mes trois assistants maintiennent par conséquent la sentence de mort par lapidation tel que le prévoit la Sharia. La mise à mort sera effectuée dès que votre enfant sera sevré. » a déclaré le juge. La décision fut accueillie par des cris de joie, certains criant même Dieu est bon, chez les spectateurs de la galerie du public de la salle du tribuna l bondée.

Entre-temps, les avocats ont laissé entendre qu’ils avaient interjeté appel devant le tribunal de niveau supérieur.

* *

Le Nigeria est l’Etat le plus populeux d’Afrique. La moitié de ses 120 millions habitants est musulmane, et l’autre, chrétienne. En 2000, les Etats à prédominance musulmane du nord du pays ont commencé à instaurer la Sharia. Cette décision a entraîné de violents affrontements régionaux, au cours desquelles plus de 3000 personnes ont été tuées depuis les trois dernières années. Douze Etats ont adopté la Sharia depuis, ce qui signifie que la population musulmane vit sous la juridiction de tribunaux pénaux religieux qui imposent des sentences barbares. Plusieurs hommes et jeunes garçons ont été condamnés à l’amputation d’un membre pour des menus larcins. Certaines amputations ont déjà été effectuées. Une adolescente, devenue enceinte par la suite d’un viol par trois hommes, a été punie pour son « crime » en se faisant imposer des centaines de coups de fouet l’an dernier. La liste des présumés « pécheurs par adultère », qui reçoivent des sentences d e mort par lapidation, s’allonge sans cesse. Jusqu’à maintenant, aucune d’entre elles n’a encore été mise à exécution.

Yunusa Ratin Chiyawa de l’Etat du Bauchi, condamné à la mort par lapidation en juin suite à une accusation d’avoir eu une liaison avec une femme mariée, est le premier homme à faire face à cette sentence. Le jugement se fondait sur sa seule confession : il n’avait pas d’avocat. La femme a été libérée, déclarant que Yunusa lui avait jeté un sort. Amnesty International a rapporté que le représentant de l’Etat de Bauchi au ministère fédéral de la Justice avait tenté de faire porter la cause du tribunal de la Sharia à la Cour supérieure de l’Etat, où la peine de mort n’est pas infligée pour motif d’adultère, mais le tribunal de la Sharia a refusé. On ne sait pas encore si le différend quant aux juridictions a été résolu, ni comment, et le sort de l’accusé est toujours inconnu.

Fatima Usman, une mère de 2 enfants divorcée, et son compagnon Ahmadu Ibrahim ont été tous deux condamnés à la mort par lapidation par une cour supérieure de la Sharia dans l’Etat du Niger au mois d’août. Le couple avait déjà été condamné à 5 ans de prison en mai, pour avoir entretenu des relations extra-conjugales. La cour supérieure a imposé la peine de mort, après que le père de Fatima ait inscrit une plainte trouvant que la peine d’incarcération était trop légère. Leur avocat a interjeté appel.

Le gouvernement fédéral du Nigeria, sous le président chrétien Olusegun Obasanjo, n’apprécie pas la mise en place de la Sharia dans les Etats du nord du pays, mais n’a rien fait pour l’arrêter non plus. En mars 2002, alarmé par des pressions internationales contre la sentence de mort de Satiyatu Husseini, le gouvernement a pris une demi-mesure pour abolir la loi islamique. Le ministre de la Justice Kanu Agabi a informé les 12 Etats concernés que la Sharia était inhumaine et qu’elle violait la constitution nigeriane, mais sans qu’aucune autre mesure n’ait été prise. De fait, la Sharia viole non seulement la constitution du pays, mais aussi plusieurs autres ententes internationales relatives aux droits de la personne, signées et ratifiées par le Nigeria. Le gouvernement fédéral n’a par conséquent rien de moins que le devoir d’abolir la Sharia afin de respecter les valeurs et les principes enchâssés dans la constitution, de même que d e garantir l’application des lois internationales liées aux droits de la personne. Cependant, le gouvernement semble préférer une politique confortable de non-ingérence. Un porte parole du gouverneur de l’Etat du Katsina a déclaré clairement aux médias qu’il n’y aurait pas d’ingérence d’aucune sorte dans l’affaire d’Amina Lawall. Le président Obasanjo aurait déclaré : « Je ne pense pas que ce qui arrive entraînera la mort de l’accusée. Cependant, le cas échéant, ce dont je doute fort, je pleurerai pour moi-même, pour Amina et pour le Nigeria. »

Le monde civilisé doit dire poliment au président Obasanjo que le monde attend plus que des larmes : nous attendons de lui qu’il applique la loi et la constitution de son pays, et qu’il respecte les normes internationales sur les droits de la personne. Nous attendons de lui par conséquent qu’il interdise la Sharia et arrête l’application des sévices cruels et inhumains comme la flagellation et l’amputation dès maintenant. Nous attendons de lui qu’il garantisse la vie d’Amina Lawal et de tous les autres actuellement condamnés à mort en vertu de la loi islamique. Nous attendons de lui qu’il évite que le Nigeria ne devienne un autre Taliban ! !

Vous pouvez écrire au président Obasanjo :

son excellence Olusegun Obasanjo, président de la république du Nigeria.

Courriel : webmaster@nigeria.gov.ng

adresse postale : La Présidence, Secrétariat fédéral, Phase II, route Shehu Shagari, Abuja, Nigeria

et envoyez une copie de votre lettre au Rationalist International à l’adresse suivante :

HQ@rationalisinternational.net

 

INDIA: LA VERITE SUR LE BALAFREUR

Par Sanal Edamaruku

Une autre créature d’épouvante a terrifié le nord de l’Inde cet été. En mai l’an dernier, c’était l’Homme-singe, qui harcelait les villages autour de New Delhi et dont l’Association des rationalistes indiens avait déclaré être le produit d’un mouvement de masse hystérique (voir les articles dans le bulletin no 72 du 23 mai 2001 (http://www.rationalistinternational.net/archive/en/rationalist_2001/72.htm) et dans le magazine Time du 28 mai 2001, vol. 157, no 21, www.time.com/time/asia/news/magazine/0,9754,127298,00.html). Récemment, un nouveau monstre, quoique semblable, a fait son apparition et semble être la réincarnation de l’Homme-singe dans l’Etat voisin de Uttar Pradesh. Les gens le désignent sous le nom de Muhnochwa, le Balafreur. On dit qu’il vient des airs, la nuit, comme un peti t OVNI, émettant des lumières rouges et vertes, et frappant les visages des gens avec des pinces d’acier, laissant de profondes lacérations, beaucoup de sang et des sensations de brûlure. La panique s’est répandue rapidement, de même que les rumeurs et les théories. Les militants de l’Association Rationaliste Indienne ont visité Sitapur, Varanasi, Mirzapur et d’autres endroits dans la région pour essayer de mieux comprendre le phénomène.

Comme c’était le cas pour l’Homme-singe, la créature semble prendre plusieurs formes, selon les témoins. En parlant à des villageois, on nous a décrit une coussin volant, un chat volant, un avion, un insecte géant, une soucoupe volante et bien d'autres choses. Les théories diffèrent autant que les formes décrites quant à l’origine du monstre. Les versions qui reviennent le plus souvent évoquent des fantômes en furie, des éléments asociaux, la Mafia, l’agence du renseignement du Pakistan et un insecte « à constituantes chimiques ». Il est apparu extrêmement difficile de trouver de réels témoins, bien que nous trouvions partout des gens qui connaissaient quelqu’un qui avait rencontré la créature. Aucun de nos volontaires n’a réussi à voir l’horreur volante, qui ne s’est jamais manifestée en leur présence. Le seul élément objectif était un extrait de vidéo de 2 minutes enregistré à Mizrapur. On y voyait un faisceau de lumière bougeant en cercles et disparaissant aussitôt dans l’obscurité, pendant que des gens hurlaient de peur. Ce qui n’en a pas révélé beaucoup sur le secret : ce pouvait être aussi bien une torche électrique.

Des gens ont utilisé toutes sortes de stratégies pour se protéger du Balafreur. À Sitapur, des temples ont commencé à mettre sur pied de façon un peu anarchique des pujas spéciaux pour éloigner la créature, pendant que des tantriks locaux disaient savoir que le monstre était envoyé par des fantômes furieux et des âmes troublées, qui devaient être pacifiées par des cérémonies de prières et des sacrifices. Ailleurs, l’attaquant invisible a fait l’objet de réunion spéciales des comités de sécurité des villages. Des gens demeuraient éveillés toute la nuit, assis devant leurs maisons, armés de lampes à l’huile, de bêches et même de fusils. Le moindre bruit ou éclat de lumière suscitait parfois des coups de feu. Le simple fait de mentionner le mot « Muhnochwa » pouvait causer la panique.

Toutefois, trois éléments permettaient d’éloigner le monstre : l’eau, la lumière et la présence de rationalistes. Toutes les attaques rapportées sont survenues durant des sécheresses, là où il n’y avait pas de réserves d’eau, et de préférence, pendant de longues interruptions d’électricité. Et quel que soit l’endroit où un volontaire rationaliste se joignait à une patrouille, participait avec des villageois à des discussions constructives sur leur situation ou montrait de l’intérêt pour leurs problèmes et leurs peines, la nuit était toujours sans incident.

Il est devenu clair à nos yeux que le Balafreur, tout comme l’Homme-singe, n’existait que dans l’imaginaire des gens. Il prend autant de nouveaux visages qu’il y a de personnes aux prises avec des hallucinations terrorisantes. Mais y aurait-il quelqu’un ou quelque chose qui contribue à ces hallucinations ? Ou qui cause les blessures ?

Il y eut plus de 70 victimes de cet attaquant fantastique, mais il est difficile d’avoir des preuves réelles des blessures infligées. Ce qu’on nous a montré a été plutôt décevant : quelques égratignures superficielles et non spécifiques. Les médecins à qui on a demandé de poursuivre l’investigation ont trouvé ces blessures superficielles et ne pouvaient pas préciser la cause de la brûlure, dont de nombreuses victimes disaient souffrir. Les blessures ressemblaient plutôt aux blessures infligées par l’infâme Homme-singe et que les rationalistes avaient été en mesure d’identifier dans tous les cas comme des blessures que s’infligeaient les présumées victimes avec des ongles, des fourchettes ou d’autres instruments. La plupart des victimes ne savaient jamais ce qui leur était arrivé - ce qui constitue un phénomène psychologique bien connu.

Par suite d’une proposition de l’association des rationalistes indiens, le gouvernement a demandé à l’Armée de l’air de se mettre à la recherche de la créature volante avec un système de radar d’une base située à proximité - sans aucun résultat. Certains scientifiques à qui on a demandé l’opinion dans le cadre de l’enquête, en sont venus à différentes théories quant à l’origine du monstre. L’hypothèse la plus convaincante - quoique non prouvée - venait de l’Indian Institute of Technology (IIT) de Kanpur. Les scientifiques de l’Institut ont proposé que la lumière qui se déplace rapidement, comme celle qu’on peut observer avant une attaque, était causée par un rare phénomène météorologique connu comme des « boules de lumière ». Cela peut arriver durant une sécheresse, quand des particules de terre, soulevées par le vent, portent une charge électrique et ressemblent à des boules de lumière se déplaçant rapidement dans l’obscurité. En frappant la peau humaine, el le pourrait provoquer de la douleur et de l’irritation en raison de son contenu acide. Cela semble correspondre très bien aux descriptions, et compte tenu des conditions climatiques durant la longue sécheresse dans la région, cela rendait la chose fort possible. Même s’il semblait improbable que ce phénomène se produise aussi souvent que le rythme des attaques rapportées, il se peut qu’il y ait un premier incident de boules de lumière, qui s’est transformé au fil des rumeurs, des fantasmes et des réactions, ou plusieurs manifestations ici et là qui venaient alimenter l’hystérie collective. Il est possible qu’il y ait eu certains autres phénomènes inexpliqués, qui ont contribué localement au mythe. À Lakhimpur, un insecte mesurant 3 pouces et ayant six pinces a été attrapé et désigné coupable des manifestations. Une autre créature semblable a été confisquée et exposée publiquement par la police de Lucknow. Il s’agissait d’un objet volant, construit à partir d’un ballon, d’un cerf-volant et d’une petite torche, qui aurait été lancé par des farceurs qui voulaient créer une frayeur générale par pur plaisir.

En soi, des boules de lumière, des insectes étranges et des cerfs-volants montés sur une torche ne constituent pas des monstres terrifiants. Il y avait un autre facteur déterminant qui contribuait à l’horreur ressentie. La chasse au Balafreur a fait rage pendant la sécheresse des régions rurales de l’Uttar Pradesh, alors que de nombreux paysans craignaient pour leur avenir et dont le désespoir s’est retourné contre un gouvernement, qui n’avait offert aucune aide et n’avait même pas pu garantir un approvisionnement régulier en électricité. L’anxiété, la tension et la furie ont permis la création du monstre mystérieux qui semblait venir de nulle part. Les émotions étaient à leur comble. Des malfaiteurs en colère ont attaqué plusieurs postes de police, vandalisé et brûlé des véhicules et lancé des pierres à des policiers. À Sitapur, ils ont vandalisé un poste d’électricité, quand leur demande d’approvisionnement en tout temps n’a pas été satisfaite. Des gens ont perdu la tête parce que les autorités ne les protégeaient pas du monstre, rapporte une certaine presse. Des paysans se sont révoltés parce que le gouvernement ne tient pas compte de leurs besoins fondamentaux, aux dires d’autres observateurs. Il semble difficile de trouver ce qui a déclenché tous ces incidents : le monstre fantastique ou la réelle crise fondamentale et l’échec du gouvernement. Les autorités avaient probablement de bonnes raisons de s’en prendre à un bouc émissaire volant.

Dans le but probable d’éliminer tout suspect, les autorités ont tenté de se soustraire à la critique rationaliste cette fois-ci. Durant l’affaire de l’Homme-singe, les rationalistes représentaient la seule voix sensée dans tout l'océan de confusion. Pendant que l’Indian Rationalist Association insistait fermement dans les médias pour dire qu’il n’y avait pas de monstre mais plutôt un mouvement d’hystérie collective, des patrouilles de police particulièrement bruyantes tentaient d’attraper le fantôme dans les rues étroites du village. Des brigades en motocyclettes et des troupes de police (on parle de près de 5000 hommes) bien équipées sur le plan technologique ont poursuivi la créature imaginaire dans la capitale. On a même promis une récompense pour sa capture. Les autorités ont alors essuyé de sévères critiques de la part des rationalistes et des médias, pour avoir provoqué une escalade de la situation.

Ils semblent maintenant avoir appris leur leçon. Il n’y eut pas de chasse au monstre farfelue et aucun sensationnalisme. On a même dit que les policiers distribuaient des feuillets pour expliquer qu’il ne s’agissait que d’une rumeur, causée par un rare phénomène météorologique. Cependant, cette démarche quant aux efforts louables d’éclairer le jugement des paysans furieux n’a jamais pu être confirmée. Le feuillet en question semble aussi invisible que le monstre lui-même.

Lentement, la panique s’est dissipée, mais l’horrible Balafreur a quitté avec peine les villages dévastés par la sécheresse. Ce n’est qu’avec l’apparition des premiers orages de la mousson tant souhaitée, arrosant les champs bien secs, que le monstre a disparu comme il est apparu.

 

Bangladesh: Censure du dernier roman de Taslima Nasreen

Le gouvernement du Bangladesh a censuré la publication, la vente et la distribution du dernier roman de Taslima Nasreen Utal Hawa Pol (Rafale de vent) écrit en bengali. Il a été demandé à la police de confisquer toutes les copies disponibles. Le roman "contient des sentiments et des déclarations anti musulmanes qui pourraient détruire l'harmonie du Bangladesh”, a déclaré le Minsitère de l'Intérieur.

Rafale de vent, publié à Kolkata (Calcutta), Inde, est la deuxième partie de son autobiographie. La première partie est Amar Meyebela (Mon enfance), elle a été publiée à Kolkata en 1999 et a été immédiatement censurée dans son pays natal.

Taslima Nasreen avait dû fuir le Bangladesh en 1994, quand des fondamentalistes avaient prononcé une fatwa contre elle et mis sa tête à prix, pendant que le gouvernement (sous le Premier Ministre Khaleda Zia à cette époque) l'avait chassée pour blasphème. Depuis sa fuite, l'auteur vit en exil entre la Suède, l'Allemagne et la France. Au Bangladesh il y a toujours des procès en attente contre elle, intentés par des fondamentalistes quand son roman Lajja (La honte) avait été publié; il a été traduit depuis en anglais et dans la majorité des langues européennes.

Taslima Nasreen est membre honoraire de Rationalist International.

 

Iran: Nouvelle loi sur le divorce - un pas de plus vers l’égalité juridique des sexes

Le Majlis, le parlement iranien de 290 sièges dominé par les réformateurs, a approuvé un amendement au code civil qui pourrait être un premier pas sur la longue route de l'égalité des sexes. Cette nouvelle loi garantit aux femmes le droit de demander le divorce qui était auparavant réservé aux hommes. Elle concerne aussi les demandes de pension alimentaire, l'hébergement et les allocations santé. Dans le processus de son application, la loi doit cependant passer un autre obstacle sérieux: il est nécessaire, comme pour toutes les lois approuvées par le parlement, qu'elle soit approuvée par les tenants de la ligne dure du Conseil des Gardiens.

L'égalité des droits pour les femmes a, jusqu'à présent, été un rêve éloigné en Iran. Sous la loi islamique, les femmes ont besoin de la permission de leurs maris pour travailler ou voyager à l'étranger. Devant un tribunal, le témoignage d'une femme ne vaut que la moitié de celui d'un homme. Et alors que les hommes ont le droit d'avoir jusqu'à quatre femmes, rien de similaire n'est permis pour les femmes.

Jusqu'à maintenant, la majorité des femmes sont prisonnières du mariage, dans lequel elles ont été forcées alors qu'elles n'étaient que des enfants et dans lequel la société exige qu'elles l'acceptent silencieusement et de façon obéissante quelles que soient les humiliations et les privations. A cause de contraintes sociales et de lois rigides en matière de divorce, il n'y a aucun moyen d'échapper à des mariages inacceptables.

Durant les derniers mois, un nouveau phénomène a créé une onde de choc: les meurtres de maris. Depuis février 2002, plus de 20 cas ont eu lieu à Téhéran. Des femmes d'âge moyen ont tué leurs maris après 20 ou 30 ans de frustrations, d'humiliations, de coups et de viols, endurés dans l'isolement social. Elles ont essayé de sortir de l'enfer, ont-elles déclaré. Les sociologues ont demandé à ce que ces signes de stress social soient pris en considération, avant que la crise sociale atteigne le point de rupture. Ces meurtres de maris peuvent avoir ouvert beaucoup d'yeux et contribué à un changement appréciable dans l'approche du public.

Beaucoup de réformistes, particulièrement parmi les 12 femmes siégeant au Majlis, se battent pour des "changements compréhensifs" afin d'améliorer les droits des femmes en Iran. L'adoption de la nouvelle loi sur le divorce est le premier fruit de leurs efforts. Le climat pour des changements sociaux et légaux en vue d'une égalité des sexes devient plus favorable, après que le Président Mohammad Khatami ait nommé une femme comme vice-president.

 

Vatican: Des femmes prêtres défient la hiérarchie masculine

Ce qui s'est passé sur un bateau sur le Danube le 29 Juin 2002 est un sujet encore très discuté. Christine Mayr-Lumetzberger et ses six collègues d'Allemagne, d'Autriche et des USA affirment qu'elles ont été ordonnées comme prêtres catholiques. Les médias invités ont pu assister à une cérémonie d'ordination immaculée. Mais le Vatican est loin de l'accepter. Sa hiérarchie masculine déteste l'idée d'une invasion féminine sur son terrain comme Satan déteste l'eau bénite. Le pape Jean Paul II a systématiquement rejeté toute discussion sur l'interdiction des femmes dans la prétrise. Ni le dramatique manque de candidats prêtres ni les récentes avalanches de cas de pédophilie ne l'ont fait changer d'avis.

L'évènement incroyable sur le Danube a été traité de façon radicale: les sept femmes ont été excommuniées pour avoir porté atteinte à la structure fondamentale de l'Eglise catholique. Que des femmes se considèrent prêtres ne peut pas être considéré comme un péché d'ordre privé, a déclaré l'archevêque du Vatican Tarcisio Bertone dans son commentaire de l'affaire sur Radio Vaticano. C'était plutot “un acte public” qui “attaque la structure fondamentale de l'Eglise comme l'a voulu son fondateur”. Les sept femmes prêtres qualifient leur excommunication “d'un acte supplémentaire de discrimination contre les femmes dans l'Eglise catholique”.

Les destinataires du Bulletin de Rationalist International peuvent éditer, diffuser, réexpédier ou reproduire des articles et des extraits de celui-ci, en signalant toutefois la source Rationalist International Bulletin # 102.

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