RATIONALIST INTERNATIONAL

Bulletin # 113 (20 Septembre 2003)

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DANS CE NUMERO

Egypte: contre la malédiction des Pharaons

Nigeria: Amina Lawal de nouveau devant les juges

Pakistan: une femme accusée de blasphème est tuée en prison

India: en mémoire d'Abraham T. Kovoor

Malaysia: divorce par SMS

 

Egypte: contre la malédiction des Pharaons

Lord Carnavon fut de ceux qui les premiers pénétrèrent dans la tombe de Toutankhamon, en 1922. Avec l'archéologue britannique Howard Carter, il s'avança dans un monde silencieux et demeuré intact depuis trois mille ans, après l'inhumation dans la vallée des Rois du légendaire enfant-roi égyptien. Peu après cette aventure, l'aristocrate britannique mourut de façon mystérieuse. La rumeur se répandit rapidement que la malédiction des pharaons l'avait tué, ainsi que d'autres qui avaient participé à la découverte. La malédiction, disait-on, tuerait tous ceux qui dérangeraient les pharaons. Un mythe était né... Peu de gens acceptèrent l'idée que la mort de Lord Carnavon ait pu être la conséquence d'une piqûre de moustique infectée. Plus tard, des scientifiques supposèrent qu'il pouvait s'être agi d'une maladie inconnue, demeurée latente dans les chambres hermétiquement closes de la tombe.

M. Zahi Hawass, secrétaire général du Haut Conseil des Antiquités Egyptiennes, ne croit pas aux malédictions pouvant entraîner la mort, et il vient d'annoncer l'ouverture d'une enquête scientifique concernant le mystère des pharaons. Une équipe de chercheurs, a-t-il déclaré, prépare une étude exhaustive, et il est prévu d'examiner les tombes qui n'ont pas encore été ouvertes jusqu'ici, pour y détecter d'éventuelles substances dangereuses, gaz ou germes. A travers les siècles, des germes pourraient en effet s'être développés dans les restes humains momifiés.

Mais la malédiction des pharaons pourrait bien n'être qu'un fantasme sans base matérielle. Les souverains de l'ancienne Egypte utilisaient des inscriptions contenant des malédictions pour "protéger" leurs tombes. C'est ainsi qu'une inscription découverte récemment contient cette menace : "Quiconque pénétrera dans ma tombe sera dévoré par un crocodile, un hippopotame et un lion". "La présence de telles malédictions ne signifiaient pas qu'elles se réalisaient!" a déclaré Hawass. Il a aussi raconté comment, il y a quelques années, pendant une fouille dans une tombe ancienne, un choc accidentel lui avait fait perdre connaissance. "Si quelque chose m'était vraiment arrivé", dit-il, "les gens auraient certainement pensé à la malédiction. Mais ce n'était qu'un accident."

 

Nigeria: Amina Lawal de nouveau devant les juges

La Cour d'Appel de la Charia de l'état de Katsina est actuellement en train d'examiner l'appel formulé par Amina Lawal Kurami. Le jugement est attendu pour le 25 Septembre.

Amina a été condamnée à mort par lapidation par le tribunal de Charia de Bakori, le 22 mars 2002, pour avoir donné naissance à une petite fille 10 mois après son divorce - donc au minimum un mois trop tard. Selon la législation criminelle islamique, le fait être enceinte en dehors du mariage, quelles que soient les circonstances, est passible de la peine de mort par lapidation.

La lapidation est une des façon les plus barbares d'exécuter quelqu'un. Les victimes sont enterrées jusqu'au cou, et on leur lance des pierres sur la tête et à la face jusqu'à ce qu'elles soient mortes. Elle se pratique en Arabie Saoudite, dans les Emirats, en Afghanistan (même maintenant encore, sous le nouveau gouvernement soutenu par les Etats-Unis [cf. Bulletin N° 102]) ainsi qu'au Pakistan [cf. Bulletin N° 95 et 97). Elle a été pratiquée en Iran jusqu'en janvier 2003, date à laquelle elle a été bannie pour faciliter les relations commerciales avec l'Union Européenne. Au Nigéria, plusieurs sentences de mort par lapidation ont été rendues dans des cas d'adultère, depuis que les états du Nord ont réintroduit la législation criminelle islamique après la fin du pouvoir militaire (1999).Mais jusqu'à présent, aucune n'a été mise à exécution.

Le jugement rendu contre Amina Lawal a déclenché une tempête de protestations au Nigéria et dans le monde entier. Dans ce contexte, Safiyatu Husseini, de l'état du Sokoto, une autre femme condamnée à mort par lapidation, a été acquittée par la Cour d'Appel islamique en Mars 2002. Dans le cas d'Amina cependant, la Haute Cour de Funtuas a ignoré toute opposition, qu'elle soit formulée sur des bases morales ou même légales, et le 19 Août 2002, elle a maintenu la sentence de lapidation dans un esprit fondamentaliste.

Les pressions sur le gouvernement nigérien se sont renforcées. Le Président Obasanjo, qui est chrétien, a essayé de calmer la protestation des occidentaux sans prendre le risque de perdre le soutien des puissants gouverneurs des états du Nord. Le procès explosif d'Amina Lawal a donc été mis en veilleuse pendant plus d'un an, pendant que les Nigériens allaient aux urnes. Le Président Obasanjo a été réélu dans des élections générales mouvementées en avril 2003 (les premières qui se soient tenues sous un gouvernement civil).

L'examen de l'appel formulé par Amina Lawal, longtemps retardé, a finalement été programmé pour le 27 août. Quand ses avocats eurent présenté leurs conclusions, la cour s'ajourna sans rendre de jugement. Si la décision, qui pourrait maintenant être prise le 25 septembre (ou plus tard), n'est pas acquittement pur et simple, le prochain appel pourrait être présenté devant la cour fédérale de la région de Kaduna. C'est un tribunal civil. Même s'il maintient la condamnation pour adultère, la sentence pourrait être assouplie en une peine de prison: plusieurs condamnations à la lapidation ont déjà été cassées ou transformées en peines de prison de cette façon. Après la cour d'appel fédérale régionale, l'affaire pourrait venir devant la Haute Cour fédérale et finalement devant la Cour Suprême. Des représentants du gouvernement nigérian ont déclaré qu'ils souhaitaient un telle évolution, car c'est la seule voie possible pour s'opposer à la Charia. [cf. les articles sur ce sujet dans les bulletins n° 88, 93 et 102].

 

Pakistan : une femme accusée de blasphème est tuée en prisonI

Naseem Bibi, 45 ans, était enfermée depuis mai 2002 dans la prison Kotlakhpat de Lahore, dans la province du Pendjab. Accusée de blasphème, elle attendait son procès. Elle est morte le 25 août, torturée et battue à mort par des codétenues. Les autorités de la prison ont essayé d'étouffer l'affaire en disant qu'elle était morte d'un "arrêt du coeur". Son avocat Pervez Aslam a fait savoir que sa cliente se plaignait depuis une semaine qu'elle était menacée et attaquée. Les autorités carcérales ont été alertées mais ne l'ont pas protégée. Il a demandé une enquête.

Naseem Bibi vivait avec ses deux fils adolescents. Son voisin lui faisait régulièrement des avances qu'elle rejetait. En mai 2002, il a décidé de se venger. Il a appelé la police et leur a dit que Naseem Bibi avait brûlé un exemplaire du Coran. Elle a nié cette accusation. Bien qu'il n'y ait aucun autre témoin de cet acte, les fausses accusations du voisin étaient suffisantes pour établir contre elle une accusation de blasphème. La loi pakistanaise sur le blasphème est une arme honteuse d'élimination. Ceux contre laquelle elle est dirigée ont très peu de chance d'y échapper, qu'elle soit utilisée par des fondamentalistes religieux ou "abusée" par tout autre fanatique animé par la haine.

 

Inde : en mémoire d'Abraham T. Kovoor

A l'occasion du 25ème anniversaire de sa mort le 18 septembre

Le professeur Abraham Thomas Kovoor est représentatif d'une époque haute en couleurs de l'Association Rationaliste Indienne. Sa critique directe et tranchante de toutes les sortes de fraudes spirituelles enthousiasmait l'auditoire chaque fois qu'il intervenait ; elle a initié un nouveau dynamisme dans le mouvement rationaliste, et particulièrement en Inde. En orateur puissant, il attirait les foules dans tout le pays et les charlatans s'enfuyaient à toutes jambes. Il lançait des défis contre les affirmations paranormales et démasqua des escrocs comme Sai Baba. Il fut une figure centrale dans le combat rationaliste contre la superstition pendant presque deux décennies.

Né à Kerala, fils du premier Vicaire Général de l'Eglise Marthoma, il acheva son éducation à Calcutta et travailla comme junior professor au C.M.S College. Plus tard, il émigra au Sri Lanka (alors nommé Ceylan) et y enseigna dans plusieurs universités. Après avoir pris sa retraite en 1959, il consacra sa vie au mouvement rationaliste. Il a développé l'Association Rationaliste de Ceylan et en fut élu président en 1960 ; un poste qu'il conserva jusqu'à sa mort.

En 1961, A.T. Kovoor voyagea en Europe et prit contact avec la World Union of Freethinkers (union mondiale des libres-penseurs). Il visita l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Angleterre. A Londres, il rencontra les dirigeants de la National Secular Society (société nationale laïque). Leur journal The Freethinker comporte un article sur la visite de A.T. Kovoor dans son numéro du 31 août 1962.

De retour à Ceylan, A.T. Koovor se mit à étudier les affirmations paranormales dans plusieurs régions de l'Inde et de Ceylan. Ses études de cas suscitèrent de façon remarquable l'attention des médias. Il commença par des articles relatant ses rencontres avec des escrocs spirituels sous le pseudonyme de "Narcissus".

Un tournant majeur de cette période de la vie d'A.T. Kovoor, et une étape critique dans son parcours qui allait le mener à devenir un héros rationaliste en Inde, fut sa rencontre avec Joseph Edamaruku en 1962. Un jour, A.T. Kovoor entra dans le bureau de J. Edamaruku à Kottayam, et se présenta comme un membre du Forum des Libre-Penseurs, un groupe rationaliste fondé par J. Edamaruku. Il avait apporté plusieurs articles de Narcissus afin qu'ils soient publiés dans la revue de J. Edamaruku, Vilambaram (La Déclaration). Ce fut le commencement d'une amitié et d'une coopération uniques, qui durèrent jusqu'à la mort d'A.T. Kovoor.

Dans les années 1960 et 1970, A.T. Kovoor parcourut plusieurs fois l'Inde de long en large et prit la parole devant des centaines de rassemblements. Sa brillance oratoire, rendue vivante par son approche scientifique et son approche critique rationnelle avaient un effet magique dans les villages et les villes indiennes. Il dénonçait le surnaturel et la vie après la mort, et défiait les "saints hommes" d'effectuer des miracles dans des conditions où aucune fraude n'était possible. Durant sa dernière visite en Inde en 1976, A.T. Kovoor a rendu visite à l'ashram de Sai Baba et l'a mis au défi de se soumettre à son test - ce que le Baba a refusé. Les comptes-rendus des médias se suivaient à une cadence accélérée. A.T. Kovoor était devenu une célébrité. En se basant sur l'une de ses études de cas, un film populaire fut réalisé en trois langues.

A.T. Kovoor mourut le 18 septembre 1978. Il n'a souhaité aucune cérémonie funéraire : "Je n'ai pas peur de la mort ni d'une vie après la mort" écrivait-il dans son testament. "Pour donner l'exemple, je ne veux pas d'enterrement." Il a fait don de ses yeux à une banque d'yeux et de son corps à une université médicale pour des études anatomiques. Il avait voulu que son squelette soit donné au laboratoire scientifique du Thurston College à Colombo. Tout fut fait selon ses dernières volontés.

L'Association Rationaliste Indienne est grandement redevable à A.T. Kovoor pour sa croissance actuelle.

 

Malaisie : le divorce par SMS

Les hommes musulmans peuvent maintenant divorcer de leurs femmes par message textuel sur téléphone mobile ; ainsi en a récemment décidé une cour islamique en Malaisie, ce qui a provoqué des débats animés dans le gouvernement. Ce dernier n'a pas aimé cette idée et a finalement outrepassé la décision de la cour. "Nous avons décidé que, bien que cela soit correct vu d'un autre angle, ce n'est pas une bonne façon d'obtenir un divorce" a dit le Premier Ministre Mahathir Mohamad. Parmi les conseillers religieux du gouvernement, l'opinion demeure partagée.

D'après la loi islamique, un homme musulman peut dissoudre son mariage par une "triple talaq", ce qui revient simplement à dire trois fois le mot talaq à sa femme devant un témoin. La décision de justice controversée avait confirmé un divorce qui avait été communiqué par un message textuel, établissant par là même que le divorce par SMS était compatible avec la Sharia.


Les destinataires du Bulletin de Rationalist International peuvent éditer, diffuser, réexpédier ou reproduire des articles et des extraits de celui-ci, en signalant toutefois la source Rationalist International Bulletin # 113.

 
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