RATIONALIST INTERNATIONAL

Bulletin # 143 (9 Mai 2005)

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Dans ce numéro

Afghanistan: Une femme lapidée à mort !

L'Europe est incapable de protéger les droits humains des immigrées musulmanes

"Nous ferons de notre mieux pour accélérer son échec" - Sanal Edamaruku, interview à Radio BBC au sujet du nouveau pape

Pakistan: Obéisssant à une fatwa, la foule met à mort un " blasphémateur "

Pakistan: Le retour des passeports islamiques

India: "Les marxistes ne sont plus opposés à la religion"

Espagne : le "véritable" Pape meurt avant son "diabolique" concurrent de Rome

 

Afghanistan: Une femme lapidée à mort!

Amina (son nom complet n’est pas connu) a été tuée le 21 avril 2005 dans la région d'Urgu en Afghanistan, dans la province du Badakhan. Elle a été traînée de la maison de ses parents par des policiers, puis tuée publiquement et officiellement en exécution du jugement rendu par une cour locale. La tuerie a été commise dans la tradition macabre qui est la manière dont l’Islam punit les femmes accusées d’adultère, la lapidation à mort.

Sous le régime des Taliban, les exécutions par lapidation étaient monnaie courante. La victime était attachée, empaquetée dans une couverture et enterrée jusqu'à la taille. Une foule frénétique -criant des « Allah est grand ! » et hurlant d’excitation- lui jetait des pierres en se tenant au-delà d’un cercle tracé au sol. Les pierres, de la taille d’une main et parfois plus grandes, atteignaient la victime de toutes les directions et écrasaient sa tête et son visage. Le sang suintait alors de la couverture, le « paquet » humain se tordant dans tous les sens sous la douleur jusqu'à ce qu’elle fut finalement touchée à mort. Il n’y a pas de rapport disponible mais on estime qu’il y a eu des centaines de femmes lapidées à mort sous le reigne des Taliban, qui a pris fin en 2001.

Sous le gouvernement de l’après Taliban, au pouvoir par la grâce des Etats-Unis, les droits de l’homme continuent d’être violés à l’extrême. Malgré le fait que le système de justice du pays aie été officiellement révisé, les femmes accusées d’adultère sont toujours punissables de mort et parfois même encore tuées à la mode barbare des Taliban. Dans le cas d’Amina, les autorités locales ont considéré le fait que les nouvelles lois n’autorisaient pas la victime à être lapidée par la foule. Mais il a cependant été trouvé juste de la faire lapider par son mari, ce qui fut fait.

Moins de 48 heures après le verdict, Amina, âgée de 29 ans, était morte. Les premiers rapports internationaux sont apparus plusieurs jours plus tard. Il n’a pas été possible d'exercer des pressions sur le gouvernement pour que les Droits de l’Homme, qu'il a signés, soient honorés et qu’il vienne au secours d’Amina. L’homme avec lequel elle avait soi-disant commis l’adultère a reçu 100 coups de fouet et a été libéré. Les contacts locaux de la Commission des Droits de l’Homme en Afghanistan suspectent que l’accusation d'adultère avait été inventée à la seule fin de tuer Amina, après qu’elle ait fait une demande de divorce. Son mari, un leader Taliban local, avait fui en Iran dès que la guerre avait commencé et venait de revenir chez lui après près de 5 ans.

D’après Amnesty International, l’exécution d’Amina est la première par lapidation depuis la fin des Taliban. Des témoins locaux, cependant, disent que dans la région d’Urgu au moins une autre femme a été lapidée à mort depuis qu’Hamid Karzai est président d’Afghanistan.

 

L'Europe est incapable de protéger les droits humains pour les immigrées musulmanes

Aayan Hirsi Ali, Azam Kamguian et Taslima Nasreen sont intervenues à la Commission des droits humains des Nations Unies à Genève

Au cours d’une session spéciale à la commission des Droits de l’Homme aux Nations Unies à Genève le mois dernier, les femmes des communautés musulmanes immigrées en Europe ont trouvé des voix puissante pour défendre leurs droits. La parlementaire hollandaise, née en Somalie, Aayan Hirsi Ali, l’exilée iranienne militante des droits de l’homme Azam Kamguian et l’écrivaine du Bengla Desh Taslima Nasreen, qui est Associée honoraire de Rationalist International, ont parlé devant les 53 membres de la commission des Droits de l’Homme. Alors que l’Europe parle le langage des droits de l’homme universels, elles ont accusé les gouvernements européens d’être incapables de protéger les immigrées musulmanes d'atteintes aux droits humains sous le prétexte du respect des diversités culturelles. Le multi-culturalisme est une forme de racisme à l’envers, a dit Azam Kamguian.

Aayan Hirsi Ali
Aayan Hirsi Ali

Les musulmanes des pays européens « sont battues, soumises aux mariages forcés, mutilées sexuellement, elles sont envoyées par leurs parents dans leurs pays d’origine et gardées là-bas contre leur gré.. Parfois, elles sont même tuées », a dit Aayan Hirsi Ali durant son discourt. « Les gouvernements démocratiques libéraux n’interviennent pas en alléguant les différences culturelles, a-t-elle ajouté.

Elle a condamné « le relativisme moral en Europe où les femmes issues de pays du tiers monde n’ont pas les mêmes libertés et protections que celles dont les Européennes de naissance disposent. Les pays européens doivent admettre que les femmes sont plus en danger dans les communautés musulmanes que dans leurs sociétés laïques plus importantes. Les gouvernements se doivent de prendre des mesures pour protéger ces femmes vulnérables, même si une telle action peut être jugée culturellement hostile par la communauté islamique ou amener à des accusations de biais anti-musulman », a dit Hirsi Ali. Les gouvernements européens sont en train d'acheter " un billet simple vers le moyen-âge" s'ils continuent à se voiler la face devant l'hostilité de l'Islam envers les femmes, l'homosexualité et les juifs, a-elle avertit.

Aayan Hirsi Ali, qui a fui en Hollande en 1972 pour échapper à un mariage forcé en Somalie, a travaillé en tant que traductrice pour les demandeurs d’asile et est devenue une forte défenseuse des droits des immigrées musulmanes en Europe. En novembre 2004, elle a été menacée par des extrémistes musulmans supposés être derrière le meurtre du cinéaste Theo van Gogh, et elle doit vivre cachée depuis. Elle est l’auteur du manuscrit du film de Van Gogh « Soumission », une vigoureuse accusation du traitement des femmes dans l’Islam, et qui a provoqué la colère des fondamentalistes.

 

"Nous ferons de notre mieux pour accélérer son échec"

Sanal Edamaruku, interview à Radio BBC au sujet du nouveau pape

(21 Avril 2005)

"Nous n'attendons aucun changement. Le Pape a été le conseiller et l'exécuteur doctrinal de son prédécesseur pendant 23 ans sur 26. Il continuera à être une plaie pour l'humanité avec ses conceptions inhumaines sur la sexualité, le contrôle des naissances, l'avortement et l'euthanasie. Il continuera à essayer de saboter l'esprit critique pendant des générations, et de démolir leur amour-propre et leur libre arbitre. Il combattra pour la soumission et l'irrationnel et contre la propagation triomphante du rationalisme. C'est sa mission. Il est le pape. Nous ferons de notre mieux pour accélérer son échec."

 

Pakistan: Obéisssant à une fatwa, la foule met à mort un " blasphémateur "

Dans la province frontalière du Nord-Ouest, un villageois a été pourchassé et lynché par une foule déchaînée, après qu’un ecclésiastique local appartenant à la coalition fondamentaliste musulmane, la Muttalida-Majlis-e-Amal (MMA), eut prononcé une fatwa à son encontre, annonçant sa mort pour avoir " profané " le Coran.

La victime, Aasheq Nabi du village de Spin Khak dans le district de Nowshera (à environ 30 km de Peshawar) était accusée d’avoir brûlé un exemplaire du Coran. Selon certaines sources, c’est pour " régler " un différend de propriété que son oncle Janab Shah et d’autres membres de la famille avaient déposé contre lui une plainte pour blasphème. Selon la police descendue à son domicile, l’homme, un quadragénaire, était introuvable et se cachait. Mais les hommes de main du clergé local le trouvèrent et, peu enclins à faire confiance aux procédures légales, décidèrent de recourir à la règle du lynchage. A la tête d’une foule de 400 personnes environ, ils le pourchassèrent à travers champs. En désespoir de cause l’homme grimpa dans un arbre, d’où il fut abattu. Il avait demandé grâce mais fut sommairement exécuté.

Les policiers n’ont procédé à aucune arrestation. Selon leurs déclarations, ils n’étaient même pas en mesure d’identifier l’ecclésiastique local responsable de l’assassinat.

Pour les gardiens autoproclamés de l’Islam, la loi pakistanaise relative au blasphème constitue un outil commode pour imposer une soumission absolue à leurs règles. Même si la plupart du temps cette loi sert de prétexte à des affaires dénuées de toute connotation religieuse, elle ne cesse de jeter de l’huile sur le feu de l’establishment religieux. En novembre 2004, dans un modeste effort pour limiter les abus de la loi relative au blasphème, l’Assemblée nationale pakistanaise a fait passer– contre les votes de la MMA – un décret stipulant que personne ne peut être arrêté ni inculpé de blasphème tant qu’un officier supérieur de police n’a pas enquêté sur le fond de l’affaire. L’amendement entrera en vigueur si et seulement si le Sénat approuve le décret (voir bulletin 135).

 

Pakistan: Le retour des passeports islamiques

La religion est de retour sur les passeports pakistanais. Cédant à la pression des fondamentalistes musulmans, le gouvernement est revenu sur sa décision d’adapter le format du passeport national aux normes mondiales des documents de voyage, lesquelles ne prévoient pas d’informations sur la religion du détenteur. Après trois mois seulement, il existe à nouveau des passeports musulmans et des passeports non musulmans.

En janvier 2003, l’administration pakistanaise gérant les données nationales (National Data Authority, dite la " NaDa ") avait émis le nouveau type de passeport à sept colonnes lisible par ordinateur, qui entretemps est utilisé dans presque tous les pays du monde. Les fondamentalistes n’ont pas supporté la disparition de la " huitième colonne " révélant la religion du détenteur dans l’ancien passeport. Cette mention musulmane avait été ajoutée en 1980 par le général au pouvoir Zia-ul-Haq, créateur de la " République Islamique du Pakistan ", conformément aux vœux des fondamentalistes.

Les violentes protestations des extrémistes musulmans menés par la coalition des six partis religieux (MMA) et la menace de manifestations de masse à travers tout le pays ont contraint le gouvernement à revenir sur sa réforme des passeports. En toute hâte la " NaDa " a adapté son nouveau logiciel pour intégrer une huitième colonne. Et depuis le 28 mars 2005, la religion est de retour dans les passeports pakistanais – " à la demande du peuple ", comme dit le gouvernement. Le premier ministre Shaukat Azis, conseillé par un comité ministériel de cinq membres, a assuré que la disparition de la mention religieuse résultait d’une regrettable " erreur administrative " imputable au gouvernement de son prédécesseur. Il a promis de corriger l’erreur en tamponnant la religion du détenteur dans chacune des sept colonnes des passeports émis entre janvier et le 28 mars.

Depuis les élections d’octobre 2002, la coalition fondamentaliste MMA occupe près d’un quart des sièges à l’Assemblée nationale. Mais son influence sur le gouvernement est bien supérieure à ce que justifie sa représentation officielle, puisqu’elle utilise la violence de foules chauffées à blanc pour appuyer ses exigences. Retenant les forces de police, le gouvernement leur laisse habituellement la bride sur le cou. L’objectif de la campagne n’est rien moins que l’instauration d’un Pakistan taliban sur le modèle de la province frontalière du Nord-Ouest (NWFP), foyer traditionnel du fondamentalisme où la MMA a remporté les élections en 2002. Dans cette province les islamistes ont aboli les libertés civiles en appliquant la charia (le droit islamique) et en créant une copie du terrible " Département pour la Prévention du Vice et la Promotion de la Vertu " des talibans.

 

India: "Les marxistes ne sont plus opposés à la religion"

La 18ème conférence de l'état du Kerala du Parti Communiste de l'Inde - Marxiste (CPI-M) aurait pu faire sourire le pape Jean-Paul II, que l'on crédite de l'effondrement du communisme en Europe de l'Est, sur son lit de mort. Les dirigeants du PCI-M ont cérémonieusement déclaré ce qui a été ensuite détaillé dans un article écrit par le secrétaire d'Etat Pinarayi Vijayan dans le quotidien du parti Deshabimani : "Le parti n'est plus opposé à la religion. Ce à quoi le parti s'oppose, ce n'est que sa mauvaise utilisation à des fins politiques et le communautarisme abominable qui divise le peuple".

Mais qu'en est-il de la fameuse déclaration de Karl Marx selon laquelle la religion est "l'opium des masses" ? Elle est "citée hors de son contexte par les 'ennemis' du parti pour répandre l'idée que les marxistes sont anti-religieux".

Depuis plusieurs années, le CPI-M soutient son propre groupe "rationaliste" au Kerala, lequel porte l'accent sur la lutte des classes et l'aboutissement des buts du Matérialisme Dialectique, le dogme marxiste classique. Le but était de canaliser la bonne image du mouvement rationaliste au Kerala pour produire des votes en faveur du CPI-M. Pourtant, le changement de politique du parti était immédiatement visible dans une marche parlementaire récente que le groupe soutenu par le parti a organisé à Delhi. Il fut annoncé que les plus hauts dirigeants communistes (y compris des membres du politburo) s'adresseraient à la foule et que l'on s'attendait à une participation de plus de 5 000 personnes. Mais finalement, ce fut un piètre rassemblement de 203 personnes, sans aucun leader communiste pour s'adresser à eux ! A la place, des swamies portant le saffran et des sikhs coiffés de turbans essayaient de diriger ce groupe orphelin.

La nouvelle camaraderie entre le CPI-M et la religion a pour but d'étendre l'influence du parti parmi les musulmans et les chrétiens. Le CPI-M présente fièrement des photos montrant des dirigeants du parti de Kerala, dont feu le Premier Ministre E K Nayanar, en audience avec le pape.

 

Espagne : le "véritable" Pape meurt avant son "diabolique" concurrent de Rome

Le pape Grégoire XVII, qui fut personnellement couronné par Dieu après la mort du pape Paul VI en 1978, est décédé. Le pontife, qui dirigeait l'Eglise d'El Palma de Troya au sud de l'Espagne, laquelle prétend avoir plus de soixante-dix évêques et des fidèles en Europe, aux USA et au Nigeria, s'est éteint sans bruit à la fin mars dans les murs du vaste complexe de l'église d'El Palma de Troya. Les responsables de l'église n'ont pas souhaité révéler les détails de sa mort ni faire de commentaires sur la question de sa succession.

Le pape Grégoire XVII, 58 ans, né Clemente Dominguez Gomez, fut un défenseur intransigeant de la doctrine traditionnelle. Il refusa fermement d'accepter les réformes introduites dans l'Eglise Catholique pendant les années 1960, comme de dire la messe dans la langue locale au lieu du latin traditionnel, ou de mener un dialogue théologique avec d'autres branches du christianisme. Il considérait son concurrent de Rome comme un représentant du Diable.

Il y eut de nombreux "antipapes" au long de l'histoire de l'Eglise Catholique, dont certains étaient des prétendants sérieux au siège du Vatican après des élections controversées, tandis que d'autres furent des dirigeants de petits groupes catholiques dissidents. Outre Grégoire XVII, les 20ème et 21ème siècle ont connu au moins sept autres antipapes au Canada, aux USA et en Italie.


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