Afghanistan : arrestation de l’éditeur féministe Mohaqiq Nasar pour blasphème Mohaqiq Nasar (50), rédacteur en chef du magazine Hoqooq-i-Zan (" Les Droits des Femmes "), a été arrêté le 29 septembre 2005 sous l’inculpation de blasphème. Selon un officiel du gouvernement, sa détention fait suite aux instructions du conseiller religieux du président Hamid Karzai. Bien que son nom ne soit pas ouvertement cité dans cette affaire, ce conseiller se nomme Mohaibuddin Baloch. L’arrestation de cet éditeur viole la loi afghane sur la presse, aux termes de laquelle un journaliste ne peut être arrêté tant que la commission des médias, mise en place par le gouvernement, n’a pas étudié l’affaire, interrogé personnellement le journaliste et recommandé son arrestation. Cela n’a manifestement pas été le cas. Dans une lettre adressée au président Karzai, Rationalist International a vivement condamné l’arrestation illégale de Mohaqiq Nasar en violation de la liberté de la presse et a exigé la libération immédiate de l’éditeur ainsi que le retrait de toute charge de blasphème à son encontre. Nasar publie son magazine pour les droits des femmes depuis la chute du régime taliban en 2001 et il a fortement contribué aux changements accomplis depuis lors dans la vie des femmes dans son pays. Son magazine a toujours représenté une épine dans le pied du clergé fondamentaliste qui a exercé de fortes pressions contre lui. Avant les élections parlementaires du 18 septembre dernier, Nasar avait publié un article critiquant les châtiments draconiens qui sanctionnent blasphème, adultère et vol dans le droit pénal afghan actuel. C’est cet article qui a servi de motif à l’arrestation illégale de l’éditeur, quelques jours après les élections. L’article de Nasar a été qualifié de potentiellement blasphématoire vis-à-vis de la Cour Suprême. Pratiquement comme sous l’ère des talibans, le blasphème est toujours puni de mort, l’adultère, de lapidation publique à mort et le vol, d’amputation des mains. En fait, la nouvelle Constitution adoptée en janvier 2004 exige la conformité de toute loi avec les croyances et dispositions de l’Islam, c'est-à-dire, avec les lois de la Sharia. La Cour Suprême d’Afghanistan peut directement ouvrir des procès en blasphème contre les supposés contrevenants proposés par le gouvernement, et décider de la sanction. A la tête de la Cour Suprême siège le Numéro Un de la Justice dans le pays, Fazl Hadi Shinwadi, membre de la ligne dure du clergé, connu pour son action impitoyable envers les critiques de la Sharia. En 2003, il a contraint une ministre en exercice à démissionner, après qu’elle eut remis en question le rôle de la Sharia dans le nouvel Afghanistan. Avant les élections de 2004, il disqualifia pour blasphème l’un des candidats en lice à ces élections présidentielles. En août 2003, en qualité de chef du département de la Fatwa à la Cour Suprême, qui même sous la nouvelle Constitution reste l’autorité décidant en dernier ressort de la conformité de la législation à l’Islam, il prononça la peine de mort à l’encontre de Sayed Mir Hussein Mahdavi, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Aftab, et de son assistant iranien Ali Reza Payam Sistani [Bulletin # 111]. On ne connaît pas le sort des deux journalistes, mais on croit qu’ils ont fui au Pakistan.
Norvège: Le penchant religieux de la Constitution viole les droits humains Le temps d'une constitution laïque est-il venu? Selon le Comité d'Helsinki, une organisation internationale pour les Droits Humains, la constitution de la Norvège doit être modifiée car elle viole les droits humains en protégeant les privilèges de la puissante Eglise d'Etat norvégienne. La section 12 de la constitution exige que tout gouvernement démocratiquement élu doit présenter un conseil des ministres composé d'au moins 50% de membres de l'Eglise d'Etat Luthérienne Evangélique. Cela viole la liberté de religion, déclare Gunnar M. Carlsen, secrétaire général adjoint de la branche norvégienne du comité, dans un communiqué de presse qui exige que la Norvège modifie la section 12 de sa constitution. L'avocat Njal Hoestmaaelingen, du Centre pour les Droits Humains de l'Université d'Oslo, appuie cette position : "Le paragraphe 12 de la Constitution est en conflit à la fois avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies et la Convention européenne des droits de l'homme du Conseil de l'Europe". Avant la dernière élection parlementaire, le pays était gouverné par une coalition de centre droit dirigée par un pasteur luthérien – le pasteur Bondevik – qui était premier ministre. La nouvelle coalition gouvernementale "rouge-verte" constituée des partis travailliste, socialiste, de la gauche et du centre, est considérée comme plus ouverte à des changements vers la laïcité.. Le nouveau premier ministre Jens Stoltenberg (travailliste) n'est pas un membre de l'Eglise d'Etat. Mais la responsable du parti socialiste de gauche Kristin Halvorsen et le responsable du parti du centre Aslaug Haga en sont tous deux membres. Dans une autre tentative pour amoindrir les lourds privilèges de l'Eglise d'Etat, une plainte contre le système éducatif de la Norvège a été déposée devant la Cour Européenne des Droits Humains à Strasbourg en 2002. Cette plainte exige la suppression de la clause d'orientation générale chrétienne des écoles norvégiennes, ainsi que de l'éducation religieuse obligatoire selon les termes de la "religion officielle de l'Etat" pour tous les enfants des écoles primaires et secondaires, qui avait été restaurée en 1997.
Inde : La Haute Cour lève l’interdiction du livre de Taslima Nasreen La Haute Cour de Calcutta a levé l’interdit frappant le livre Dwikhandita de Taslima Nasreen. Il y a deux ans, le gouvernement communiste de l’Etat du Bengale occidental avait ordonné la confiscation du livre en vertu de la section 295A du Code Pénal indien (actes délibérés et malveillants dans l’intention d’outrager les sentiments religieux de tout groupe de personnes en insultant la religion ou les croyances religieuses). Les trois juges siégeant au Tribunal spécial de la Haute Cour de Calcutta ont fait observer que le livre ne remplissait aucun des critères décrits dans l’article invoqué et que l’interdiction n’était pas en accord avec la loi. La Cour a également noté que les passages controversés du livre se limitaient à deux pages seulement (pp 49 et 50 - lesquelles ne jouaient pas un rôle central dans l’ensemble du livre qui compte 359 pp) et que l’interdiction ne se justifiait donc pas. En outre, le livre avait circulé pendant un bon moment sans causer le moindre incident de violence collective. Dwikhandita (" Coupée en deux ") est paru en 2003 en bengali à Kolkata (Calcutta), c’est la troisième partie de l’autobiographie de Taslima Nasreen. L’auteur critique la transformation de son pays d’origine, le Bengladesh voisin, qui d’Etat laïque est devenu un Etat islamique, et elle décrit sans ménagement la manière brutale dont les femmes sont traitées sous l’Islam. Taslima Nasreen a dû fuir son pays en 1994, lorsque des militants fondamentalistes l’ont menacée de mort, et elle vit toujours en exil actuellement. La levée de l’interdiction est un revers pour le gouvernement du Front de Gauche partisan de la censure dirigé par le Premier Ministre Buddhadev Bhattarcharjee (CPI – M). Cherchant à plaire à l’électorat musulman de son parti, il s’était empressé de jeter l’interdit sur le livre dérangeant. Dans la nuit du 28 novembre 2003, il fit opérer une razzia sur les librairies de Calcutta pour saisir tous les exemplaires disponibles. Cet acte de censure fut apprécié de l’opposition (Parti du Congrès) mais fortement critiqué par l’Association Rationaliste Internationale et d’autres défenseurs de la liberté d’expression. Taslima Nasreen est membre honoraire de Rationalist International.
La Pologne : une nation qui a son propre pape Dans le pays natal de feu le pape Jean-Paul II, le culte de sa personne a pris des formes qui excèdent largement le respect dû à une autorité religieuse. Si nous avions à trouver une idée ou un symbole qui unisse la majorité des Polonais, je suis convaincu que ce serait l’image de Jean-Paul II. La Pologne n’est pas un pays heureux. Il a perdu son indépendance au XVIIe siècle, lorsqu’il fut divisé entre la Russie, l’Autriche et l’Allemagne. Dès avant ce partage, le pays était fort mal administré et traité par les autres comme un non-Etat. Auparavant, juste après la Réforme, la Pologne avait été l’un des pays européens les plus tolérants. La réaction catholique a commencé au début du XVIIe siècle. L’Eglise et l’aristocratie cessèrent toute diffusion de l’éducation au sein de la paysannerie et du " bas " peuple. Les villes ne se développèrent plus et beaucoup d’entre elles s’éteignirent à petit feu. L’ordre des Jésuites acquit le monopole de l’éducation scolaire, ce qui transforma l’éducation en endoctrinement religieux et en apprentissage des préjugés. Toute mobilité sociale fut quasiment bloquée et la classe moyenne ne put se développer. Cent ans plus tard, l’Etat polonais s’était pratiquement effondré. Il fut laissé à la dérive pendant un demi-siècle avant de subir la partition. Deux des puissances occupantes étaient de religion différente, l’Allemagne étant protestante et la Russie orthodoxe. Il n’est donc pas étonnant que le catholicisme en soit venu à représenter la Pologne " polonaise ". La Pologne perdait son indépendance pour plus de 130 ans. Après un bref répit comme nation souveraine, elle redevint dépendante à l’issue de la deuxième guerre mondiale, cette fois dans l’orbite de la Russie communiste. Le communisme était une semi théocratie qui hissait la loyauté au rang de vertu cardinale. Il n’y avait ni liberté de parole ni liberté de réunion. Son athéisme reposait sur l’idéologie plus que sur la raison. L’espoir de rattraper les pays plus développés fut de courte durée et le rêve d’indépendance grandit chaque année. La religion et l’Eglise redevinrent des symboles de l’identité nationale. En 1978, lorsque le cardinal polonais Karol Wojtyla devint le premier pape non italien depuis 400 ans, tous, même les non croyants, virent en lui un leader et un symbole de la résistance. Personne ne s’attendait à ce que la chute du communisme transforme une semi théocratie en une théocratie quasi authentique. La place des apparatchiks disparus fut presque instantanément occupée par des hommes en soutane. L’Eglise devint non seulement un facteur politique fort, mais également l’un des acteurs principaux dans l’éducation, les médias et d’autres secteurs de la société. Toute opposition à cette nouvelle théocratie est très faible. La Pologne est un pays où les églises sont pleines, un pays où des millions de gens ont accueilli le " Pape polonais " avec enthousiasme, un pays qui interdit virtuellement tout avortement et limite les tests prénataux, un pays où l’Eglise réclame le droit de participer à des processus législatifs sur des lois qui ne concernent ni l’Eglise ni la religion, un pays où l’Eglise aimerait ordonner et interdire aux scientifiques leurs sujets de recherches. L’Eglise était prête à mettre la Pologne en désaccord avec l’Union Européenne afin que le nom de Dieu figure dans la Constitution européenne. Dans ce pays nous essayons de promouvoir une pensée rationnelle. Il y a quatre ans nous avons créé le site RACJONALISTA.pl, qui est devenu une sorte d’antidote pour les jeunes. Il y a une forte demande de pensée rationnelle en Pologne, malgré l’expansion de l’Eglise et le développement du cléricalisme, de l’intolérance et de l’esprit de clocher. En janvier 2005, quelques sympathisants de Racjonalista ont créé l’Association polonaise des rationalistes basée à Wroclaw, qui essaie d’organiser un réseau de personnes convaincues de la nécessité d’agir conjointement afin de promouvoir le développement des individus et de la société selon des lignes de pensée rationnelle. Les destinataires du Bulletin de Rationalist International peuvent éditer, diffuser, réexpédier ou reproduire des articles et des extraits de celui-ci, en signalant toutefois la source Rationalist International Bulletin # 148.
|