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L’Inde mérite un président (plus) digne et responsable
Le poète-président et " le créateur de l'Univers " Le 23 novembre 2006, le président de l’Inde, Abdul Kalam, a été l’invité d’honneur du prestigieux show d’anniversaire de Sai Baba, le messie très controversé. Il est honteux et outrageant que le président indien ait rendu hommage à un charlatan en robe safran qui exploite la crédulité des gens en proclamant qu’il peut matérialiser des " cendres sacrées " à partir de … vent, qu’il sait guérir toutes les maladies, qu’il a créé l’univers et autres sornettes. Le président Kalam aggrave son cas en ne se contentant pas d’accomplir une besogne routinière de relations publiques : louant et glorifiant le charlatan, il est allé trop loin. " J’ai un immense amour pour Sai Baba ", a déclaré Abdu Kamal dans son discours au quartier général de Sai Baba à Puttaparthi. " J’ai écrit un poème dans ma langue maternelle pour saluer l’anniversaire de Sai Baba ". Et il n’a pas rougi de lire son poème (traduit du tamil original en telugu) en public, devant la foule des fidèles acclamant Sai Baba. Plutôt embarrassante, la poésie glorifiait Sai Baba comme phare étincelant et symbole de bonté. Le président de l’Inde s’est réjoui que grâce à la présence de Sai Baba, la Terre était bénie parmi les planètes du système solaire. Non seulement c’est extrêmement stupide et de mauvais goût. C’est surtout un manque de responsabilité et de dignité qui n’est pas compatible avec l’auguste office de président de l’Inde. Le président Kalam a donné une image déformée de l’Inde et il a trahi la confiance de son peuple. L’Inde mérite un président (plus) digne et responsable.
Il faut déplorer qu’il y ait encore en Inde autant de pauvres gens qui sont privés d’une éducation de base et n’ont aucune possibilité de développer le moindre savoir scientifique. Ce sont des proies faciles pour les escrocs qui attisent leurs peurs et leurs espoirs par des " miracles " et la promesse de solutions magiques à tous les problèmes. Ces marchands d’illusions et ces thaumaturges infectent dangereusement la frange la plus faible de la société indienne et il faut les stopper par tous les moyens. Il faut que l’une des premières tâches de développement humain en Inde soit d’aider les victimes de la superstition et de la foi aveugle à briser les chaînes de cette mentalité archaïque afin d’entrer dans le XXIème siècle. Abdul Kalam n’est pas seulement le président de la république de l’Inde, c’est aussi l’un des plus éminents scientifiques indiens et il a suscité de grands espoirs, notamment celui d’un avenir guidé et protégé par la science. Son programme " Vision 2020 " promet de conduire l’Inde dans le cercle des pays développés. Si un homme de son envergure, dans la position qu’il occupe, use de son influence pour venir à la rescousse d’un gourou éclaboussé de scandale, il commet une trahison grave et impardonnable. Le président des enfants et le présumé abuseur d’enfants Ces dernières années, Sai Baba est entré dans l’actualité internationale au coeur d’un autre scandale. Le messie vieillissant est accusé d’abus sexuels à l’encontre de mineurs faisant partie de ses adeptes. De nombreux témoignages de victimes en Inde et ailleurs ont été recueillis. Bien que les autorités indiennes ne semblent toujours pas disposées à entamer des poursuites contre un suspect disposant d’aussi belles et nombreuses relations, trop de victimes et de témoins ont maintenant rompu le silence – surtout en Europe et aux USA – pour que ces crimes restent ignorés. Beaucoup de témoignages ont été publiés dans le Daily Telegraph de Londres ainsi que dans le film documentaire " Seduced by Sai Baba " produit par la télévision publique danoise. Dès 2000, l’UNESCO a lâché Sai Baba en décidant de ne plus le patronner et de ne pas participer à une conférence prévue à Puttaparthi en collaboration avec le Sathya Sai Education Institute (ISSE, Thaïlande) et le Flinders University Institute of International Education (Australie). Mais tout cela n’a pas empêché le président Kalam de porter aux nues la star céleste en robe safran, puisqu’il lui a offert le bouclier protecteur des honneurs nationaux pour couvrir sa honte. C’est une image choquante et quelque peu macabre de voir le président Kalam - qui aime à se faire voir en compagnie d’enfants et cultive son image de grand ami, promoteur et protecteur de la jeunesse indienne – afficher sans gêne des relations aussi cordiales avec un homme suspecté d’utiliser son aura divine pour commettre des abus sexuels cruels et inhumains sur des centaines de mineurs sans défense. Philanthropie ? : lettre au Président Corrompu et vaincu, Said Baba trouva alors un nouvel avatar. Un an auparavant, à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, il annonçait sa métamorphose de thaumaturge en philanthrope. La Fondation Sai Baba, qui se prétend " la plus grande ONG mondiale après les Nations Unies ", aurait dépensé des millions de dollars dans des projets pour la potabilisation de l’eau, pour des hôpitaux et des écoles près de Puttaparthi (Andra Pradesh) et de Bangalore (Karnataka). Ses partisans espéraient que son travail de développement concret gagnerait à Sai Baba " même le cœur des non croyants ". En décembre 2005 j’ai écrit au président Abdul Kalam une lettre qui est restée sans réponse. Elle réclamait une enquête criminelle à l’encontre de Sai Baba. J’écrivais : " Si les projets de développement social de Sai Baba ont pour but de susciter l’indulgence pour annuler ses crimes, ce serait une procédure sans précédent et inacceptable. C’est pour l’Inde une honte que les accusations bien fondées et les nombreux témoins réputés contre Sai Baba soient ignorées sans la moindre enquête. La robe safran met-elle un présumé coupable hors d’atteinte de la loi ? Allons-nous tolérer que le clientélisme politique redresse la tête avec autant d’arrogance, faisant fi de la démocratie indienne ? Extorquer une immense fortune aux plus crédules en se prétendant doté de pouvoirs surnaturels, et en dépenser une partie pour promouvoir du développement social autour de son village ancestral, cela ne fait pas de Sai Baba un grand philanthrope. C’est une stratégie bien rodée par les chefs mafieux et les gangsters, pour se construire une forte base de soutien et un refuge sûr grâce à la loyauté de " leurs " villageois, chez eux. La mafia de la cocaïne n’a-t-elle pas fait pareil en Colombie avec des moyens comparativement plus modestes ? Et puis, n’est-ce pas d’une ironie amère que Sai Baba dépense de l’argent à construire des hôpitaux très spécialisés, argent obtenu en prétendant guérir toutes les maladies ? Sai Baba lui-même, lors d’une récente maladie, a préféré se faire soigner dans un de ses hôpitaux modernes plutôt que faire confiance à ses propres pouvoirs magiques. Avoir de l’eau potable, des soins médicaux, une instruction, etc., cela fait partie des droits fondamentaux du peuple indien et c’est le devoir de tout gouvernement de lui fournir ces biens essentiels. C’est le comble de l’humiliation si les gens sont forcés de recevoir leur dû comme une aumône charitable des mains d’un " philanthrope " qui attend d’eux courbettes et célébration de sa générosité. La situation est pire encore lorsque le gouvernement laisse les citoyens à la merci d’un " philanthrope " qui est un criminel et un mégalomane prétendant avoir des pouvoirs magiques et se disant même créateur de l’univers. L’anniversaire de Sai Baba est devenu un jour de honte nationale pour l’Inde, avec une bande de politiciens, scientifiques et artistes importants aux pieds d’un charlatan présumé abuseur d’enfants. S’ils expriment leur dévotion, parce que ce sont des personnalités faibles et crédules, alors nous devons nous demander pourquoi nous-mêmes, nous n’élisons pas des hommes politiques fiables, efficaces, solides et intelligents à leur place. S’ils agissent ainsi parce qu’ils veulent célébrer la " bienveillance " de fraudeurs aux bonnes relations politiques et de présumés criminels, alors, ils sont profondément corrompus. |