RATIONALIST INTERNATIONAL

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Souvenirs et identités fabriqués

La thérapie par régression dans les vie antérieures atteint la télévision indienne.

En quête de nouvelles audiences, la chaîne indienne de divertissement NDTV Imagine en langue hindi a présenté un reality-show sensationnaliste et bizarre. Raaz Pichhle Janam Ka (« Secrets des vies antérieures ») a invité les téléspectateurs à être témoins chaque soir, lors d’une séance brillante et dramatique dédiée à la prétendue thérapie des vies antérieures, avec une certaine Dr Tripty Jain. La praticienne a plongé ses patients spectateurs - dont beaucoup d’aspirants stars et starlettes - dans une transe hypnotique, ce qui les a prétendument amenés à se « souvenir » des secrets de leurs vies antérieures. Selon elle, c’était là que se trouvait la clé de tous leurs problèmes actuels comme la phobie de l’avion, de l’eau, de la foule et des serpents. Ce qui a émergé : des déchirantes histoires d’amour, de revanche, de trahison, de viol et de meurtre au fil des siècles et des continents - toutes gentiment préenregistrées pour fournir une toile de fond multicolore aux confessions larmoyantes sur le divan. Et à la fin, sans surprise, il apparaissait que ceux qui avaient la phobie de prendre l’avion dans leur vie présente avaient perdu une de leurs vies passées dans un accident aérien et que les agoraphobes avaient jadis été lynchés (au moins une fois !).

« Le principal problème avec la thérapie des vies antérieures, c’est qu’il n’y a pas de vies antérieures » a dit Sanal Edamaruku dans des débats sur d’autres chaînes télévisées, en réaction à ce spectacle obscurantiste. « Tous ces ‘souvenirs’, bien que vivaces, ne sont qu’illusion et autosuggestion. Ils sont suscités par les questions et les suggestions du ‘thérapeute’ et mis en forme par les expériences, connaissances, imaginations et désirs du sujet lui-même. De tels pseudo-souvenirs et identités passés fabriqués peuvent parfois avoir l’apparence du réel aux yeux du patient. C’est ce qui rend cette ‘thérapie’ tellement dangereuse, car leur impact négatif obsédant n’est pas facile à corriger. La thérapie des vies antérieures n’a aucune base scientifique. C’est de l’occultisme plutôt que de la thérapie. Comment un souvenir - stocké dans des neurones - pourrait-il se transmettre après la mort, des cellules d’un cerveau mort à un autre cerveau ? »

En riposte au programme des vies antérieures, Sanal Edamaruku, via différentes chaînes de télévision, a mobilisé l’opinion publique indienne et ouvert un vaste projet éducatif à travers les médias. Il a expliqué que le programme tablait sans scrupules sur les superstitions et les antiques croyances au karma et à l’implacable fatalité du destin, qui nuisent tant à l’état d’esprit des gens et paralysent tout développement personnel et social. « C’est inhumain et aussi immoral. Prenez par exemple le cas d’un homme qui souffre d’une croissance chétive et de jambes courtes. Dans le spectacle, on lui fait se ‘souvenir’ qu’il s’était brisé les jambes dans une vie antérieure en tentant d’échapper à la vindicte d’une foule déchaînée, pour avoir violé une femme ! Il faut mettre un terme à de tels programmes pour violation du code général de l’éthique publique » a exigé Sanal.

Bien que NDTV Imagine ait mis fin au programme TV des vies antérieures après quelques épisodes, les producteurs envisagent une version anglaise pour les spectateurs britanniques.

Quelque temps auparavant, Headlines Today avait invité Sanal Edamaruku et le Dr Hans Tendam, pionnier de la thérapie régressive aux Pays-Bas, pour un débat télévisé sur cette pratique obscurantiste. Le Dr Tendam a formé beaucoup de praticiens indiens à la thérapie des vies antérieures. Des extraits de cette intéressante rencontre sont disponibles sur You Tube.

Sanal Edamaruku en face du thérapeute des vies antérieures Hans Tendam -
voir une version brève du débat (en anglais, 2 parties) sur notre chaîne You Tube:
www.youtube.com/rationalists