RATIONALIST INTERNATIONAL

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TheNational 30 Mai 2010

Dévoilé : les trucs des gourous tricheurs en Inde

Hannah Gardner, Correspondante étranger

Sanal Edamaruku issues a single command: levitate
M. Edamaruku demande le silence, étend les mains et donne un seul ordre : lévitez. Graham Crouch pour The National

NEW DELHI // Aux pieds de Sanal Edamaruku est étendu un garçon de 13 ans couvert d'une pièce de tissu rouge.

M Edamaruku demande le silence, étend les mains et donne un seul ordre : lévitez.

Aussitôt le garçon semble flotter détaché du sol, s'élever à trois pieds en l'air et rester suspendu pendant quelques secondes, avant de redescendre doucement.

Avec son regard qui ne cille jamais et sa voix hypnotique, M. Edamaruku pourrait être n'importe lequel des milliers de saints hommes également dénommés fakirs et babas qui partout en Inde prétendent accomplir de tels miracles. Simplement il n'en est rien.

En fait, directeur de l'Association Rationaliste indienne,  M. Edamaruku passe son temps à confondre ces gens, cela fait partie de sa mission d'apporter à l'Inde les lumières de la raison.

« Mon objectif est de mettre un terme aux fraudes de ces babas et gourous.» dit-il. « Malgré nos progrés phénoménaux, la superstition et l'obscurantisme sont toujours puissants dans notre pays. Ces gens ont un grand pouvoir sur la vie de nombreux Indiens.»

Afin de restreindre ce pouvoir, M. Edamaruku présente ce mois-ci au Centre National des Sciences de Delhi  un atelier  intitulé «La science derrière les miracles», dans lequel il enseigne aux élèves comment sont réalisés des tours comme la lévitation.

L'idée est d'encourager un sain scepticisme dans la future génération d'enseignants, de dirigeants et de gestionnaires, ainsi que le désir de rechercher des explications scientifiques plutôt que mystiques lorsqu'on est confronté à des phénomènes qui sont apparemment inexplicables.

« Nous souhaitons que ces enfants deviennent des ambassadeurs du changement» dit  M. Edamaruku. « Nous voulons qu'ils rentrent chez eux et qu'ils montrent à leurs amis et à leur famille ce qu'ils ont appris».

Religion et superstitions ont un long et riche passé en Inde. Trois des six principales religions dans le monde y furent fondées et le pays possède plus de temples que d'écoles.

L'immense population du pays, ses hauts niveaux de pauvreté et son faible niveau d'éducation produisent les conditions parfaites pour que perdurent les contes de bonnes femmes et les croyances superstitieuses.

Au cours d'une récente éclipse solaire, des familles ont enterré des enfants handicapés jusqu'au cou avec la croyance que cela pouvait les guérir. Les journaux indiens sont pleins d'histoires sur des gens qui pratiquent des sacrifices humains pour concevoir ou obtenir des pouvoirs occultes, ou réussir en affaires.

Les experts affirment que la nature décentralisée de la  religion principale, l'hindouisme, joue également un rôle parce qu'il n'y a presque pas de règlementation de la pratique religieuse ou des actions de ceux qui affirment le représenter. Par conséquent, n'importe qui peut se proclamer gourou et proposer des conseils sur des questions allant du spirituel à la santé ou à l'argent.

En mars dernier, la police de Delhi arrêtait Shiv Murat Dwivedi, un ancien garde de sécurité devenu gourou, pour avoir dirigé un réseau de prostitution parallèlement à ses centres religieux. Le mois dernier, la police a rattrapé  Paramahamsa Nithyananda, gourou autoproclamé de Bangalore, qui était recherché pour viol et exploitation sexuelle de ses fidèles, ainsi que pour escroquerie.

« Ces gens sont des criminels et des escrocs. Ils se cachent derrière la religion, dit M. Edamaruku, Nous avons deux Indes :  l'une du XXIème siècle et l'autre du XVIème. L'Inde du XVIème siècle entrave l'Inde du XXIème siècle.»

Le tour de la lévitation est exécuté en gisant sur le sol sous une couverture puis en s'asseyant progressivement tout en tenant deux sticks de hockey pour mimer l'élévation des jambes et des pieds.

Un autre miracle où les saints hommes font exploser des pierres en les aspergeant simplement d'eau bénite, est réalisé en intégrant dans les pierres des cristaux de soude, qui se dilatent rapidement au contact de l'eau.

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M. Edamaruku fait aux écoliers la démonstration de certains des trucages utilisés par les faux hommes de dieu en Inde. Graham Crouch pour Le National

De même, le tour où un fakir réussit à créer du feu en versant du ghee, ou beurre clarifié, sur un tas de bois et en le regardant fixement, est réalisé parce que le ghee est en réalité de la glycérine et que le bois a été aspergé de permanganate de potassium. Les deux produits chimiques réagissent et brûlent quelques minutes après avoir été mis en contact.

Toutefois, confondre ces faux babas peut être dangereux.

« Je ne me suis jamais senti menacé par les membres du public, mais les babas m'ont attaqué» dit M. Edamaruku.

Un fakir a jeté un pot de charbons brûlants au visage de M Edamaruku lorsque ce dernier révéla comment le mage tantrique était capable de le tenir en mains dans se brûler. Une autre fois, le gouvernement de l'État du Kerala chercha à l'arrêter après avoir découvert que des autorités du fameux temple Sabarimala simulaient des lumières dans le ciel, attirant ainsi des millions de pèlerins et drainant des millions de dollars tous les ans en janvier.

L'intervention la plus célèbre est celle où  M Edamaruku accepta de participer à un spectacle télévisé en direct où un fameux gourou tantrique essaya de le tuer en usant de magie noire. Le show fut l'un des plus regardés dans l'histoire de la télévision indienne et l'échec du gourou mit un terme à sa carrière.

Dans le passé, les rationalistes concentraient leurs activités dans les zones rurales, pensant que les superstitions s'éteindraient naturellement dans les villes. Ces derniers temps,  M Edamaruku est interpellé par le degré d'attachement de nombreux Indiens urbains prospères à ces croyances.

« Il y a une illusion populaire comme quoi la superstition n'existe que dans les zones rurales, mais la superstition se porte tout aussi bien dans des familles éduquées de la classe moyenne urbaine» précise M Edamaruku.

Les deux gourous récemment arrêtés avaient des clients dans la classe moyenne et supérieure et il y a quelques semaines il est apparu qu'une haute école de Delhi avait embauché un astrologue pour conseiller les étudiants futurs diplômés sur leur carrière.

La vie moderne, avec toutes ses pressions, peut même contribuer à ce phénomène. Peu d'Indiens urbains ont encore le temps de faire de longues pujas (cérémonies de prières et d'offrandes) ou d'aller en pèlerinage, mais avec la compétition pour les bons emplois et les places dans les meilleures universités indiennes, beaucoup de gens ont l'impression que les services de gourous privés ou d'un numérologue pourront justement les dépanner. D'où le cours, qui couvre tout, des miracles à la numérologie et à l'astrologie.

"Je voudrais faire comprendre à ces enfants que s'ils obtiennent de bons résultats aux examens, c'est parce qu'ils ont travaillé dur et non parce que leurs parents ont payé un gourou pour faire une puja. " "Je voudrais que les gens prennent leurs propres décisions. Ils ne devraient pas avoir pour guide l'ignorance, mais bien la connaissance".

Mais il y a un domaine où il choisit d'avancer prudemment c'est la religion. Il se rend bien compte que beaucoup d'enfants qui suivent l'atelier viennent de foyers religieux. Jusqu'à  présent, aucun enfant n'a été retiré du cours, qui s'étend sur cinq jours, et qui se tient chaque semaine depuis le 17 mai. En fait le dernier atelier était déjà complet.

Traduction: Marie Meert